Éthique, Fonctions, Indépendance, Lignes rouges

À Ouest-France, le délicat équilibre entre la charte et l’information

Ouest-France, premier quotidien francophone, est profondément ancré dans la vie politique des communes de l’ouest français. À tel point que ses journalistes doivent parfois jongler entre les actualités… et les messages des acteurs locaux.

Les pages locales des édi­tions d’Ouest-France sont, par déf­i­ni­tion, celles qui trait­ent de l’actualité la plus proche du lec­torat : vie de la com­mune, man­i­fes­ta­tions locales, con­seils munic­i­paux… Il est ain­si fréquent que les élus locaux utilisent, ou ten­tent d’utiliser le jour­nal, comme le pro­longe­ment de leur paru­tion municipale.

Un exem­ple élo­quent est celui de Chris­t­ian Troad­ec, le charis­ma­tique maire de Carhaix (Fin­istère) et l’un des pre­miers lead­ers du mou­ve­ment des Bon­nets rouges. Il est par­ti­c­ulière­ment atten­tif aux pub­li­ca­tions d’Ouest-France, et n’hésite pas à adress­er des com­mu­niqués et des droits de réponse au jour­nal lorsqu’une infor­ma­tion lui paraît erronée, ou incom­plète. Par habi­tude, les jour­nal­istes pub­lient sou­vent ces textes, qui présen­tent l’avantage d’être écrits dans un lan­gage fleuri.

Au cours de l’été 2015, une brouille a opposé Chris­t­ian Troad­ec au maire d’une com­mune voi­sine. Les jour­nal­istes du titre ont écrit plusieurs arti­cles à ce pro­pos : cha­cun des papiers était sour­cé, doc­u­men­té et fiable. Cela n’a pas empêché M. Troad­ec d’envoyer, trois jours de suite, trois com­men­taires en réponse à ces articles.
Par habi­tude donc, Ouest-France a pub­lié les répons­es dans ses colonnes. Mais le troisième jour, rece­vant le troisième com­mu­niqué, le secré­taire de rédac­tion a eu le sen­ti­ment que les pages “Carhaix” se trans­for­maient en jour­nal munic­i­pal plus qu’en quo­ti­di­en indépen­dant. Sur accord du chef d’édition, il a été décidé non seule­ment de ne pas pass­er ce com­mu­niqué, mais égale­ment de n’en faire aucune mention.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de par­ler d’une atteinte grave à la con­science pro­fes­sion­nelle du secré­taire de rédac­tion : les com­mu­niqués de M. Troad­ec intéressent les lecteurs, car il y intè­gre sou­vent des pré­ci­sions sur telle déci­sion munic­i­pale ou tel évène­ment carhaisien. Il n’empêche qu’il est con­traire à la déon­tolo­gie d’un jour­nal­iste de pub­li­er, telles quelles, les répons­es d’un homme poli­tique ; sous le seul pré­texte qu’un arti­cle ne lui a pas entière­ment convenu.

Edouard Hervé du Penhoat